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Comment je suis devenue guide

Allez, je vous raconte l'histoire parce que, au fond, elle n'est pas banale ! 

TOMBEE DANS LA MARMITE

Il était une fois une nana de 45 ans qui s'était toujours ennuyée dans la vie. Elle en était arrivée à admirer ces gens qui collectionnent les bouchons de bouteille parce que, eux, au moins, ils avaient une passion ! 

Désoeuvrement dans le travail aussi. Après une carrière passionnante de technico-commerciale dans la fourniture industrielle (j'étais la reine du roulement à billes), j'avais dû me recycler suite à des problèmes de santé (un canal carpien). Concours, intégration dans la fonction publique d'Etat. C'est là que l'ennui s'est franchement installé. Je suis passée de poste en poste sans y trouver d'intérêt. En 2008, j'arrive à Rennes sur un poste en RH et là, c'est la catastrophe ! J'arrive en renfort dans un service où la charge de travail est surévaluée : je n'ai rien à faire, ou si peu... Un petit chef harceleur qui n'accepte pas que je réclame du travail, me met au placard (un bureau loin de mon équipe donc encore moins de travail) et un beau jour, un clash en pleine réunion. Je suis accusée de traîtrise par rapport à mes collègues devant tout le service. Choquée, je fais un AVC et me voilà aux urgences où un interne m'explique que ma vie va changer (pas dans le bon sens) et qu'il va falloir prendre ça avec philosophie. 

Le diagnostic était erroné : pas d'AVC mais un AIT (ça ressemble à un AVC mais ce n'est pas grave - pas de séquelles, juste un horrible moment de terreur). 

Pas question de retourner au bureau. Je fais quoi maintenant ? J'ai encore 2 enfants à la maison dont un au collège. Mon syndicat me conseille un congé formation. Va pour le congé formation mais pour quoi faire ? 

J'ai donc 45 ans, un Bac B, un BTS action commerciale, une mise à niveau DUT, un diplôme de secrétaire/comptable. Je suis inculte. Quand je vais visiter des musées avec mon petit-ami, il doit m'expliquer que la nana, là, sur ce tableau, c'est Cléopâtre et que c'est facile parce qu'on voit le serpent. Les tableaux religieux m'ennuient, l'art contemporain, j'y comprends rien. Mais j'ai envie de profiter de ce congé formation pour être moins bête et je demande une première année d'Histoire de l'Art, rien que ça ! 


RENTREE DES CLASSES A 45 ANS

 

Septembre 2009, Hugo entre en 5ème tandis que sa maman entre en 1ère année de licence d'Histoire de l'Art.

Le jour de la rentrée est un choc ! Je me retrouve entourée de plus de 300 jeunettes de 18 ans qui se demandent ce que je fous là (et moi aussi !).

Contre toute attente, ces 3 années d'études seront une des plus belles périodes de ma vie. Le contact avec les jeunes est follement enrichissant et les enseignants sont passionnants. Je tombe dans la marmite et n'en sortirai plus jamais.

Je vais jongler pendant 5 ans entre mes études et mon travail à temps partiel annualisé. Après la licence, le master d'Histoire pour obtenir la carte de guide conférencier. Oui, parce qu'entretemps, j'ai commencé mon activité de guide à Rennes.


Souvenirs de fac

Faire ses études en même temps que ses enfants, ce n'est pas banal et ça amène des situations cocasses.

Un souvenir parmi d'autres : Après une visite de St-Malo, je rentre en covoiturage avec une cliente qui se désole de ne pas savoir quoi faire à dîner ce soir-là. Elle me prend à témoin sur la difficulté de varier les repas pour ses enfants. Au moment précis où elle me demande mon ressenti puisqu'elle sait que j'ai moi aussi des enfants à la maison et que je suis étudiante, je reçois un sms de mon fils me demandant ce que je souhaite pour dîner.

                                                ***

Pendant toute mes études à Rennes 2, les étudiants me prendront souvent pour une prof. J'en profiterai parfois pour passer devant tout le monde à la photocopieuse sans qu'ils osent s'interposer. 

Les employés aussi me confondront avec une enseignante, ce qui me permettra de dépanner mes petits camarades le matin, dans le hall B, quand ils arrivaient avec un billet de 10 euros pour prendre un café et un croissant. En effet, les "dames du comptoir" refusaient de faire la monnaie aux jeunes, mais pas aux enseignants ! Je passais avec leur billet prendre leur commande et le personnel me rendait la monnaie sans problème. 

                                                 ***

En première année, un soir d'hiver, il est plus de 18h, nous sommes 2 étudiantes à attendre un cours dans une petite salle du bâtiment A. Nous avons dû nous tromper de numéro de salle car personne ne vient. La jeune fille qui attend avec moi, je ne la connais pas. Nous nous sommes aperçues dans les amphis mais n'avions pas encore échangé. Les minutes passent, nous décidons de rester là et de papoter. Elle a l'air perturbée, triste, et finit par se confier : elle est seule à Rennes, sa famille est en Côte d'Armor, son petit ami l'a quittée en apprenant qu'elle était enceinte. Elle a fait toutes les démarches pour avorter seule. Son chagrin semble immense, sa solitude aussi. Mon coeur de maman se serre ; elle a l'âge de ma fille. J'arrive à la convaincre d'appeler l'un de ses parents malgré sa réticence. Elle ne leur a rien dit ; convaincue qu'ils vont "la tuer" s'ils l'apprennent. Elle appelle son père qui promet de sauter dans sa voiture et de venir la chercher le plus vite possible. Je vais rester avec elle jusqu'à l'arrivée de son père. Je ne l'ai jamais revue. 


L'anecdote de la mort qui tue

En 2011, je commence mes visites guidées en extérieur. Lors d'une de mes toutes premières visites au Thabor, je suis en train d'attendre mes clients. Un homme, la cinquantaine, vient m'interpeller vertement. Il me fait un peu peur et semble prêt à me frapper. ll m'accuse de pratiquer une activité interdite (ça n'est pas le cas, j'ai déclaré mon activité, je suis assurée et je déclare mes revenus). Et puis vient la phrase de trop : "Vous allez couler l'office de tourisme !". C'est tellement énorme que j'éclate de rire. Déconcerté, il finit par partir mais quelle frayeur ! 

Je le retrouverai en 2014 sur les bancs de la fac, en master 2. Il est guide conférencier pour l'office de tourisme de Rennes. Il ne me reconnaît pas. Heureusement pour moi car c'est lui qui doit me faire passer l'examen de visite guidée en Anglais. J'obtiens un 15/20. Je le croise dans le métro quelques jours plus tard. Il me demande où je vais faire mon stage. Là, je sais que l'instant de vérité est arrivé. Je lui explique avoir pu bénéficier de l'autorisation de faire mon stage dans le cadre de mon activité de guide. Il comprend tout à coup : il a donné un 15 à Balades Armoricaines, lui permettant d'obtenir sa carte de guide conférencière ! Il devient blanc et ne m'adressera plus jamais la parole, même lorsque nous nous croisons, l'été, chacun avec un groupe de touristes. 

ETRE GUIDE CONFERENCIER AUJOURD'HUI

Le métier de guide conférencier agréé est une profession réglementée. Pour obtenir la carte professionnelle, il faut suivre une licence professionnelle ou un master spécifique.

En mai 2011, j'ai commencé une activité de guide indépendante à Rennes, sans carte. C'est autorisé mais dans les limites de visites en extérieurs. C'est comme ça que je me suis spécialisée dans des visites guidées thématiques à travers le beau patrimoine rennais.

Après le master, en 2015, j'ai obtenu ma carte de guide et j'ai pu développer l'activité partout en Bretagne.

Aujourd'hui, je suis spécialisée sur l'axe Rennes-St-Malo-Le Mont-St-Michel avec cette particularité d'avoir une "double activité" :

- je réponds aux commandes des agences de voyages, des entreprises, C.E. et des particuliers pour des visites de groupes constitués,

- et je propose tout au long de l'année une programmation de visites guidées thématiques en Ille-et-Vilaine et au-delà.

 

 

Comme beaucoup de guides indépendants en début d'activité, j'avais conservé un poste à temps très partiel dans la fonction publique, en DIRM-NAMO (ex-Affaires maritimes pour simplifier). En 2022, je vais quitter définitivement ce poste et me consacrer à 150 % à mon métier de guide.

Elle est pas belle, la vie ? 

Je souhaitais fêter en grandes pompes l'anniversaire de Balades Armoricaines (10 ans !) en 2021 mais l'épidémie de covid en a décidé autrement. C'est donc en 2022 que nous fêterons ce bel anniversaire, et pas n'importe où ! (à suivre)

 

                                                                Anne-Isabelle, le 3 mars 2022


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Commentaires: 2
  • #1

    Véronique (dimanche, 06 mars 2022 20:43)

    Quel parcours... Comment ne pas être admiratif ? Et depuis toutes ces années où je te cotoies , j'ai tellement appris. Merci, bravo et à bientôt pour de nouvelles découvertes...

  • #2

    Gibergue Catherine (dimanche, 24 mars 2024 17:17)

    Bonjour, voilà trop contente de voir votre parcours, cela fait un moment que je me dis que j' aimerais faire découvrir ma Bretagne surtout Morbihan et Finistère que j' affecte , mais comment faire moi qui n' est pas fait d études, cordialement Cathy